bong, la musique des disparus après avoir flambé, je crois reconnaître Bowie, c’est pas lui, si je pars, c’est pour ne rien reconnaître, quelqu’un que j’aime m’attend, je peux avoir oublié il peut pleuvoir, je peux être faillible, quelqu’un m’attend
dans le hall, des magazines parlent d’argent de placements, je lis « il n’est pas trop tard » des rires dans le train au milieu de conversations je ne vois pas la femme qui s’esclaffe, je ne sais pas si elle riait comme ça quand elle était petite, si on disait d’elle qu’elle riait tout le temps, si c’est un rire qui lui vient de l’enfance ou qu’elle a appris dans son travail, avec les collègues, avec les hommes, pour qu’on l’accepte, parce qu’elle ne sait pas quoi répondre
tunnel, chiffres à la bombe rose fluo, ça parle italien, l’odeur de la mandarine, ça pourrait être l’odeur d’une ville ?
direction modane, par où je passe pour passer la frontière ? Sous quelle montagne ? Torino sera de l’autre côté, dans le train, une voix de l’équipage nous annonce les premières neiges sur les Alpes françaises, en français anglais et italien Modane, je vois plusieurs fois la neige
une plaine de l’autre côté
une jeune femme qui doit avoir l’âge de ma fille je ne me suis pas vue vieillir, j’ai moins de batailles à mener, la colère est une colère du passé, des nuages pris dans les cimes mon corps fatigue – j’ai somnolé j’ai regardé la plaine – la neige – j’ai faim je pense que j’ai l’air de quelqu’un qui n’a pas tout compris, il va s’agir pour moi d’être moi, dans l’exposée, prendre place
il n’est pas trop tard clament les magazines qui mettent en avant l’argent et comment placer son argent avant le feu, de la lumière du soleil entre des tunnels, je vois la voie des tags sur des kilomètres, des fenêtres explosées par le bruit, et puis le tracé du train, des formes plus adoucies sur les vallons, dans le creux de rivière, même si à cette vitesse, les arbres paraissent identiques, je n’ai rien à prouver, rien à garder

